Sans compromis

Faire le choix d'une grossesse sans aucun suivi; cheminement vers un accouchement non-assisté.

10 mai 2007

Le feu de Shiva, de Susan Fischer Staples

Bonjour!

Sarah m'a envoyé pour partager avec vous cet extrait d’un livre pour adolescents, Le feu de Shiva, de Susan Fischer Staples, paru chez Gallimard dans la collection Scripto. Il s’agit de l’histoire d’une jeune fille indienne et de sa passion pour la danse classique traditionnelle de l’Inde, le Bharata Natyam. Le livre commence entre autres par la naissance de l’héroïne.

« -Vous assisterez aux festivités avec votre oncle Sathya, dit Sundar. Je ne serai pas de retour avant votre coucher, et quand vous vous réveillerez, vous aurez une petite soeur.

-Tu vas la ramener à la maison ? demanda Venkat.

Sundar rit à gorge déployée.

-Non, mon fils. Ta mère restera là et la mettra au monde.

(...)

(Minashki) entreprit une longue marche à travers champs dans l’espoir d’accélérer la venue du bébé ; elle aurait tant aimé qu’ils puissent tous deux assister à la cérémonie rituelle de pesée du Maharajah. N’était-ce pas merveilleux que son enfant naisse un jour aussi propice ?

Minashki marchait dans la chaleur accablante, sous un ciel menaçant. Elle chantait en se tenant les reins et marchait, marchait. (...) Parvati ne se décidait toujours pas à venir et Minashki pleurait de désespoir tout en continuant à marcher.

(...)

Minashki s’adossa au tronc du palmier pour soulager son dos de plus en plus douloureux, et c’est alors que l’oiseau lui parla.

-Une petite graine pour un vieux mendiant ? demanda-t-il d’un air dubitatif, du haut de son perchoir.

Au même moment, Minashki ressentit la douleur de sa première contraction, signe que la venue du bébé était imminente

-Va-t’en ! lui répondit-elle en se couvrant le visage avec le pan de son sari pour se protéger du soleil.

Les nuages commençaient à dériver dans le ciel en une ronde effrénée. Minashki s’immobilisa un instant et se frotta de nouveau le dos.

-Et puis, de toute façon, ce n’est pas l’époque des semailles. Je n’ai pas de graines.

Elle replaça le pan de son sari sur son épaule et reprit sa marche. Il lui fallait absolument trouver un endroit tranquille où mettre Parvati au monde. Le corbeau voleta jusqu’à terre et sautilla jusqu’à la jeune femme d’une démarche titubante et maladroite, à travers les larges sillons creusés dans la terre rouge.

(...)

-Va-t’en ! gémit-elle

-Affamé ! insista le corbeau. Tu ne peux ignorer un pauvre...

-J’ai d’autres soucis...

Minashki ne put finir sa phrase à cause de la douleur. Le corbeau croassa avec insolence et se perché sur son épaule.

-Qu’y a-t-il de plus important qu’un frère affamé ? continua l’oiseau de sa voix rauque en lui picorant les mains. Puis il s’envola ce nouveau et se posa sur sa tête.

Minashki essaya de se relever, mais la douleur la tenaillait. Affolée, elle s’allongea. Les naissances de ses deux fils n’avaient pas été si soudaines, ni aussi intenses. Le corbeau continuait de lui donner de petits coups de bec. Elle l’ignora et rampa jusqu’à un jacaranda en fleur, à la lisière du champ ; là, elle s’adossa contre le tronc lisse et gris. Le corbeau battit des ailes et se percha sur une branche juste au-dessus de sa tête, tout en continuant de croasser bruyamment.

Une pluie torrentielle et un violent grondement de tonnerre annoncèrent que l’or du maharajah avait été bien pesé. C’est le moment que choisit l’enfant de Minashki pour venir au monde.

Minashki raconta souvent à Parvati l’histoire de sa naissance. Quand elle arrivait à ce point de l’histoire, elle s’exclamait immanquablement :

-Ah ! Parvati, je ne sais pas si le corbeau fut la cause de tous nos soucis. En tout cas, tu étais née, parfaite, belle et en bonne santé !

(...)

Minashki s’assit et essuya l’enfant avec un coin de son sari. La pluie avait commencé à tomber, de grosses gouttes qui soulevaient de petits nuages de poussière rouge en éclatant sur le sol desséché. Minashki eut le souffle coupé par son premier face-à-face avec sa fille. L’enfant la regardait droit dans les yeux, avec un regard d’une intensité qu’elle n’avait encore jamais rencontrée. (...)

Minashki se reposa un peu. (...) Elle enveloppa Parvati dans son sari (...) Minashki coupa une autre feuille de bananier avec son couteau et reprit le chemin du village, son enfant serré dans ses bras, à l’abri de son parapluie de fortune. »

Posté par GEANA à 15:00 - Autour de la Naissance - Commentaires [0] - Permalien [#]



« Accueil  1