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Mon chemin vers une naissance libre

Mes deux premières grossesses ont été très médicalisées. Bon nombre de personnes sont « intervenues » sur mon corps et sur celui de mes enfants, ce que j’ai fortement ressenti comme une violence. J’ai alors choisi pour ma troisième grossesse d’être accompagnée par une sage-femme pratiquant des accouchements à domicile. J’étais convaincue qu’ainsi je serai à l’abri de l’interventionnisme caractéristique des « structures » et qu’en dehors de celles-ci, je serai enfin maîtresse de mon corps, libre de vivre cette naissance selon mon ressenti et mon instinct. C’est ainsi qu’Adam est né à la maison. Un accouchement facile, rapide, puissant. J’ai vraiment été régénérée, restaurée, réparée par cette expérience qui a été le point d’accélération d’une réflexion sur l’autonomie entamée deux ans plus tôt.

Cependant, il me restait très peu de souvenirs de cet accouchement, quelques sensations visuelles de clarté ou d’obscurité, des sons ou plutôt des murmures, beaucoup de sensations « internes » pour lesquelles je ne connais pas de mot. En dehors de ce ressenti très intime, très centré sur ces sensations internes, j’ai perçu très peu de choses venant de l’extérieur : sans doute, l’effet d’une abondance d’endorphines !

Je n’ai jamais écrit de « récit de naissance » car je n’avais (pensais n’avoir) rien à en dire, étant donné la confusion de mes souvenirs. Je me suis alors  passionnée pour les récits de naissance des autres (dont les descriptions détaillées m’ont toujours impressionnée), comme si je pouvais y retrouver mon histoire, des indices de ce qui s’était passé pour moi. Puis un jour, j’ai lu le témoignage d’une amie chère qui avait été accompagnée par la même sage-femme que moi et à cet instant, plusieurs choses sont advenues à ma conscience, des ressentis sous-terrains incompréhensibles se sont mués en évidences absolues.

Je me suis souvenue des incursions intempestives, foetoscope en main, de ma sage-femme dans la chambre où je m’étais isolée, pour « écouter le cœur du bébé », des quelques positions inconfortables qu’elle m’a faite adoptée, des indications de poussée que j’ai reçues. J’ai compris aussi pourquoi je ne me souvenais que de ces « interférences » de la sage-femme. En effet, lorsque je me retrouvais seule, j’étais comme « débranchée », les seules occasions de me reconnecter au monde extérieur, dans une modalité rationnelle, ayant été précisément ces interventions.

C’est ainsi, à la lecture du récit de mon amie où j’ai vu comme le miroir de toutes les interventions que j’avais moi-même subies, qu’est née cette évidence que, aussi discrète, aussi silencieuse, aussi respectueuse des besoins de la femme et du couple la sage-femme soit-elle, par sa seule présence, intentionnelle, elle « intervient », elle « assiste ».

J’ai aussi compris comment j’ai occulté un ressenti désagréable face à un interventionnisme évident, simplement en effaçant de ma mémoire « consciente » les événements s’y rapportant, et pourquoi un sentiment de malaise indéfini m’envahissait lorsque je me devais de répondre par l’affirmative à la question « alors comment ça s’est passé ? »

Je suis persuadée pour en avoir discuté avec beaucoup de personnes que notre sage-femme est sûrement l’une des moins interventionnistes qui soit à l’heure actuelle en France. Néanmoins, l’ « idée » même de sa présence et pas seulement le « fait » de sa présence modifie profondément l’ « allure » et le vécu de l’accouchement. Lorsque je parle de présence ici, je parle aussi bien de la présence actuelle que de la présence « à venir » c’est-à-dire « arrivée prochaine » de la sage-femme, comme élément « perturbant » (que cette perturbation soit néfaste ou pas du reste). J’ai lu beaucoup de récits d’accouchement non assisté où la présence de la sage-femme était programmée mais où cette-dernière est arrivée après l’expulsion. Même si « matériellement », il s’agit d’un accouchement non assisté, j’ai la sensation qu’il y a eu usurpation de terme. Selon moi, les démarches (avec ou sans sage-femme/médecin/autre « expert ») et les configurations psycho-affectives auxquelles elles aboutissent sont opposées. La présence d’une sage-femme ne peut pas permettre que se crée cet espace de possibilités créatrices, de libertés. Vraiment, l’expression « sage-femme non interventionniste » est un oxymoron. ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Oxymore ) 

C’est là que je me situe actuellement, dans cette prise de conscience de ce qui correspond exactement à l’idée que je me fais d’un positionnement dans l’autonomie. Selon mon besoin d’autonomie, la présence d’une sage-femme à domicile, c’est déjà trop. On est déjà situé dans l’intervention, on est déjà dans le risque de court-circuiter, d’orienter « le mouvement », dans le risque d’être induite dans ses comportements, d’être détournée de ses ressentis. Même quelque chose d’aspect aussi peu directif qu’une suggestion peut amener à se couper de ses sensations pour se connecter à une conscience « annexe » et étrangère de ces sensations, celle de la sage-femme, qui forcément n’est que supposition et non connaissance exacte de notre ressenti. On peut bien sûr penser avoir été totalement libre de danser sa propre danse en dépit de cette « surveillance » médicale. En ce qui me concerne, je ne le pense pas. Aujourd’hui, j’ai compris qu’une naissance libre ne pouvait avoir lieu dans les conditions de la présence de ma sage-femme. Qu’est-ce que j’entends par « naissance libre » (car la détermination de l’instant à partir duquel nous ne sommes plus libres est propre à chacun)? C’est un processus physiologique, spontané, un mouvement de l’intérieur vers l’extérieur non perturbé par une intervention « intentionnelle » extérieure (je dis bien « intentionnelle » car des perturbateurs accidentels peuvent advenir). Bien sûr, l’autonomie n’est pas l’autarcie. En amont de cette expérience, il y a toute l’histoire de nos rencontres, tout le poids de notre vécu et des émotions, des ressentis et des réflexions qui le constituent, nos certitudes, nos doutes, nos « programmes », nos tentatives de nous soustraire à des programmes destructeurs. Il est difficile de ne pas être « induite » dans son vécu de l’accouchement par tout ce qui précède cet accouchement. Car nous sommes nos interactions avec l’extérieur.

Parfois, l’histoire de nos interactions passées nous a rendues incapables d’écouter notre guide intérieur et a créé le besoin de toujours s’en remettre à autrui pour décider de ce qu’il faut faire. C’est ainsi qu’au lieu d’entendre les indications quasi-infaillibles que sont nos sensations internes, nous nous retrouvons à accepter, par exemple, des positions d’expulsion inadéquates suggérées par ceux qui nous assistent. Ou encore à absorber l’angoisse ou l’inquiétude, même savamment dissimulée, de la sage-femme lorsque le travail stagne « trop » longtemps ou lorsque l’expulsion du placenta se fait attendre (notre vécu d’une durée est si différente de celui d’une autre personne).

Malheureusement, nous avons été conditionnés à démissionner de la gouvernance de notre propre corps face à l’ « expert ». La seule présence d’une sage-femme (même passive) représente donc un risque possible de démission ou d’  « oubli » de soi, est une situation potentiellement aliénante, de renoncement à son principe intérieur. C’est pour cette raison et étant consciente de ma propension conditionnée à ployer sous le rouleau compresseur de l’autorité experte, que, pour une prochaine naissance, il n’y aura pas de « professionnel » prévu à mes côtés le jour de l’accouchement et probablement pas non plus tout au long de la grossesse.

Ultime interrogation : pourquoi ce besoin d’autonomie ? est-ce à mettre en rapport avec un besoin de « performances » ? Qu’est-ce qui est réellement en jeu ici ? Pour moi, c’est principalement (mais pas seulement) un simple besoin vital et naturel de se sentir capable, forte, « vivante », se percevoir comme « puissante », sentiment de puissance si essentiel à l’élaboration de la confiance en soi et en sa capacité à être mère.

Il y a néanmoins une dernière distinction importante à faire selon moi, celle entre « être assistée » et « être soutenue ». Besoin de soutien ou besoin de radicale autarcie sont tout aussi légitimes sur le chemin de la réalisation de soi.

Dali

d.milovanovic@free.fr

Quelques ressources sur l’ANA ou la GNA (accouchement/grossesse non assistés), des sites et des listes de discussions :

Unassisted childbirth, Laura Kaplan Shanley

The power of pleasurable childbirth, Laurie Annis Morgan

http://www.unassistedchildbirth.com/ 

des récits de naissances libres en français sur le site de Sophie Gamelin :

http://www.perinatalite.info

le forum de discussion du magazine américain Mothering

http://www.mothering.com/discussions/forumdisplay.php?f=306

le forum de discussion de Laura Shanley

http://www.unassistedchildbirth.com/forums/index.php

et bien sûr, la toute jeune liste de discussion francophone GANA :

http://listes.rezo.net/mailman/listinfo/gana