21 juillet 2007
Profil bas pendant la troisième phase de l'accouchement
(traduction de: «Don't manage the third stage of labor!»)
par Michel Odent
© 1998 Midwifery Today, Inc. All rights reserved. Tous droits réservés.
[Editor's note: This article was first published in English in Midwifery Today Issue 48, Winter 1998.]
[La note du rédacteur: Originallement publié dans Midwifery Today Issue 48, hiver 1998.]
Reproduit de: The Practising Midwife, septembre 1998, Vol. 1, No. 9
Traduit de l'anglais par l'auteur
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Les journaux médicaux publient de temps à autre des études randomisées contrôlées concernant la troisième phase de l'accouchement. Les études communément appelées «Bristol trial»(1) et «Hinchingbrooke trial»(2) ont été publiées dans des journaux qui font autorité et représentent les principales références.
Dans ce type de recherche, quels que soient les détails du protocole, le «management» de la troisième phase sera «actif» dans un groupe de femmes prises au hasard (cela signifie injection d'un médicament utérotonique dans les deux minutes suivant la naissance, suivi de clampage immédiat et traction controlée du cordon). Parmi un autre groupe le «management» sera qualifié de «physiologique» (Bristol trial) ou appelé «management» dans l'expectative (Hinchingbrooke trial).(2) L'objectif principal est d'évaluer les risques d'hémorragie.
Le fait important est que dans un groupe comme dans l'autre la troisième phase est dirigée («managed»). En fait il y a incompatibilité entre les mots «physiologique» et «management». De plus, quel que soit le protocole, la définition de «management dans l'expectative» est purement négative (pas de médicaments utérotoniques et pas de clampage immédiat du cordon). Or ceux qui ont une bonne compréhension de la physiologie pensent aux facteurs qui peuvent positivement influencer la sécrétion d'ocytocine par l'hypophyse postérieure. Ces facteurs ne sont pas inclus dans les protocoles, alors que les effets des substituts pharmacologiques sont étudiés en détail.
Ce qu'il faudrait étudier
L'un des principaux facteurs que les chercheurs devraient prendre en considération est le confort thermique, parce que si la mère a froid, cela accroît les taux d'adrénaline. Les taux d'adrénaline influencent les risques d'hémorragie. Il ne s'agit pas là de connaissance purement empirique. Une équipe japonaise a étudié les taux d'adrénaline pendant les différentes phases de l'accouchement par une méthode non-invasive(3) (un patch analysant les microvibrations cutanées au niveau de la paume de la main). Cela a permis de confirmer les données d'études mesurant les taux d'adrénaline au moyen d'un cathéter veineux à demeure.(4) L'équipe japonaise a clairement démontré que les hémorragies de la délivrance vont de pair avec des taux élevés de catecholamines. Pour certaines sages-femmes expérimentées il est de plus évident qu'un croisement des regards et un contact de peau a peau non perturbés entre la mère et le nouveau-né influencent l'équilibre hormonal maternel, et en particulier les sécrétions d'ocytocine.
Ce que j'ai appris par des décennies de pratique.
Au fil des années j'en suis arrivé petit à petit à la conclusion que les hémorragies de la délivrance sont presque toujours la conséquence d'une interférence inappropriée. Elles seraient extrêmement rares si un petit nombre de règles très simples étaient prises en considération. Je suis tellement convaincu de la valeur de ces règles qu'il m'est arrivé deux fois d'accepter une naissance à la maison alors même que l'accouchement précédent avait été suivi de délivrance artificielle et de transfusion sanguine.
Je profite de cette occasion pour résumer mon attitude pendant la troisième phase de l'accouchement, afin de souligner la différence avec les attitudes qualifiées d'expectatives ou de physiologiques dans les études randomisées.
Dans des conditions physiologiques, la plupart des femmes ont tendance à se verticaliser au moment même de la naissance (effet probable d'un pic d'adrénaline).(5) Elles peuvent être, par exemple, à genoux ou debout appuyées sur quelque chose. Après un accouchement sans médicaments, quelques secondes suffisent pour entendre et voir que le bébé est en bon état. La première préoccupation est que la pièce soit suffisamment chaude. A l'hôpital de Pithiviers il suffisait de tirer sur un cordon pour activer des lampes chauffantes. Dans le cas d'une naissance à la maison je ne donne pas une liste de ce qu'il faut préparer; je ne parle que d'un radiateur portable que l'on peut brancher n'importe où et n'importe quand (en ajoutant des détails pratiques, tels le besoin d'avoir une rallonge). Grace au radiateur il est possible, en quelques secondes, de disposer de couvertures ou de serviettes chaudes et ainsi de couvrir la mère et le bébé.
Alors mon principal souci est que la mère ne soit pas distraite et ne se sente pas observée. Je m'assure qu'elle se sent libre de tenir son bébé, de regarder ses yeux et de le sentir. Il est plus facile d'éviter les distractions si la lumière est tamisée et si le téléphone est débranché. J'attire souvent le père du bébé (ou toute autre personne qui pourrait se trouver là) dans une autre pièce afin d'expliquer que cette première interaction entre la mère et son bébé ne se reproduira jamais et qu'il ne faut pas la perturber. Beaucoup d'hommes ont tendance à rompre l'atmosphère sacrée qui peut faire suite à une naissance non perturbée.
Pendant l'heure qui suit la naissance je garde un profil bas, volontiers assis dans un coin derrière la mère et le bébé. Quelques minutes après la naissance beaucoup de mères ne sont plus à l'aise en position verticale. Cela correspond vraisemblablement au moment où les taux d'adrénaline s'abaissent et où la mère ressent des contractions qui annoncent la séparation du placenta. Alors il peut être utile de tenir le bébé pendant que la mère trouve une position confortable, presque toujours couchée sur le côté. Il n'y a alors plus d'excuses pour s'immiscer dans l'interaction mère—bébé.
Pendant une heure je ne me pose pas de questions concernant le cordon et le placenta. Couper le cordon quand il cesse de battre n'est pas nécessaire; cela implique que quelqu'un guette le bon moment pour agir. Il n'y a pas de raisons de couper le cordon avant la délivrance du placenta. Suggérer à la mère une position est une autre distraction inutile. La position est influencée le taux d'adrénaline. Quand le taux d'adrénaline est bas et que la mère éprouve le besoin de s'allonger, il serait cruel de suggérer une position verticale.
Au cas où le placenta ne serait pas encore délivré, c'est seulement une heure après la naissance que j'ose distraire la mère afin de vérifier sa séparation de l'utérus, par une manœuvre bien connue des sages-femmes. En fait le placenta est alors toujours soit délivré, soit séparé de l'utérus, si la troisième phase de l'accouchement n'a pas été dirigée et si l'atmosphère sacrée n'a pas été perturbée.
Troisième phase et piscine d 'accouchement
Dans le cas particulier de l'utilisation d'une piscine d'accouchement, il convient d'abord de souligner que la plupart des femmes éprouvent le besoin de sortir de l'eau pour les toutes dernières contractions précédant la naissance du bébé(6) de sorte que dans ces cas la troisième phase se déroule sur la terre ferme. Si la femme n'a pas eu le temps de sortir de la piscine, cela signifie qu'il y a eu un puissant «réflexe d'éjection du fœtus»(7) et que le placenta se détachera probablement en quelques minutes. C'est alors que le besoin de sortir de l'eau se fera habituellement sentir.(8) C'est seulement lorsque la naissance dans l'eau a été planifiée que la situation peut être plus difficile. L'immersion dans l'eau à la température du corps rend les contractions plus efficaces pendant une heure ou deux; ensuite celles ci peuvent s'affaiblir.(9) La femme qui a planifié une naissance dans l'eau devient la prisonnière de son projet et le bébé risque de naître quand les contractions sont devenues moins efficaces; elles le seront encore moins pour la délivrance du placenta.
Pays développés et pays en voie de développement.
Ces considérations sur les processus physiologiques dans la période périnatale s'appliquent aussi aux pays en voie de développement, avec leurs taux élevés de mortalité maternelle. Les hémorragies de la délivrance représentent une cause majeure de mortalité dans le tiers monde, là où le premier contact mère-bébé est puissamment perturbé par des croyances et des rituels. Par exemple la croyance selon laquelle le colostrum est mauvais va de pair avec une séparation précoce de la mère et du bébé.
Biais
Quel que soit le pays considéré, les résultats de telles études randomisées contrôlées sont d'intérêt limité pour celles qui ont acquis une bonne compréhension de la physiologie de l'accouchement. En effet, dans ces études, les processus physiologiques sont fortement perturbés aussi bien dans les groupes d'étude que dans les groupes contrôle. De plus les biais sont nombreux. Par exemple, dans le «Hinchingbrooke trial» le nombre de femmes qui ont refusé de participer à l'étude (976) était supérieur au groupe «management dans l'expectative» (764) et au groupe «management actif»(748). De plus 243 femmes ont été éliminées de l'étude parce que leur concentration d'hémoglobine était inférieure à 10 g/dl,(10) alors même que les résultats d'études portant sur de grands nombres indiquent clairement que des concentrations de 9 à 9.5 g/dl vont de pair avec des statistiques périnatales idéales (elles traduisent une bonne expansion du volume sanguin).
L'avenir
Le «management actif», aujourd'hui très répandu, entretien la croyance selon laquelle les femmes n'ont pas la capacité de sécréter leur propre ocytocine. Il convient de s'inquiéter sérieusement des effets possibles à long terme sur nos civilisations de l'utilisation systématique de substituts de l'ocytocine pendant la troisième phase. Il semble que, dans les milieux médicaux, on ait des difficultés à prendre conscience des effets comportementaux de l'ocytocine, que l'on a appelée «l'hormone de l'amour». Quelle que soit leur perspective, les scientifiques qui étudient le développement de la capacité d'aimer donnent une grande importance à la période périnatale qu'ils qualifient de «critique» ou de «sensible». A propos de l'être humain il convient de toujours penser en termes de civilisation.
Michel Odent est habituellement présenté comme l'obstétricien qui a introduit les concepts de piscines d'accouchement et de salles de naissance «comme à la maison», lorsqu'il était responsable du service de chirurgie et de la maternité de l'hopital public de Pithiviers. Apres sa carriere hospitaliere il a assisté à des naissances à la maison et créé à Londres le «Primal Health Research Centre», dont l'objectif est d'étudier les consequences à long terme des experiences précoces. Voir la banque de données: www.birthworks.org/primalhealth.
Auteur d'environ 50 articles dans la litterature médicale. Auteur de 11 livres publiés en 21 langues. Ses derniers livres en français sont L'Amour Scientifié, Le fermier et l'accoucheur et Les césariennes: questions, effets, enjeux.
Références
- Prendeville, W., et al. 1988. L'étude Bristol sur la troisième phase: la gestion active versus la gestion physiologique de la troisième phase du travail. (The Bristol third stage trial: active versus physiological management of the third stage of labour.) BMJ 297: 1295–300.
- Rogers, J., et al. 1998. La gestion active versus la gestion dans l'attente de la troisième phase du travail: l'étude randomisée et contrôlée d'Hinchingbrooke. (Active versus expectant management of third stage of labour: the Hinchingbrooke randomised controlled trial.) Lancet 351: 693–99.
- Saito, M., T. Sano and E. Satohisa. 1991. Les catécholamines plasmatiques et les micro vibrations dans la progression du travail. (Plasma catecholamines and microvibration as labour progresses.) Shinshin-Thaku 31: 381–89. (Also presented at the Ninth International Congress of Psychosomatic Obstetrics and Gynaccology. Amsterdam 28–31 May 1989 (Free communication no. 502).
- Lederman, R.P., et al. 1978. La relation entre l'anxiété maternelle, les catécholamines plasmatiques et le cortisol plasmatique dans la progression du travail. (The relationship of maternal anxiety, plasma catecholamines and plasma cortisol to progress in labour.) Am J Obstet Gynaecol 132: 495–500.
- Odent, M. 1990. La position lors de l'expulsion. (Position in delivery.) Lancet (May 12): 1166 (letter).
- Odent, M. 1983. L'accouchement sous l'eau. (Birth underwater.) Lancet (Dec 24): 1476–77.
- Odent, M. 1987. Le réflexe d'éjection fœtal. (The fetus ejection reflex.) Birth 14: 104–5.
- Odent, M. 1998. L'utilisation de l'eau durant le travail—recommandations mises à jour. (Use of water during labour)—updated recommendations. MIDIRS Midwifery Digest 8(1): 68–69.
- Odent, M. 1997. Est-ce que l'immersion dans l'eau peut arrêter le travail? (Can water immersion stop labour?) J Nurse-Midwifery 42(5): 414–16.
- Odent, M. 1998. La gestion active versus la gestion dans l'attente lors de la troisième phase du travail. (Active versus expectant management of third stage of labour.) Lancet 351: 1659 (lettre).
http://www.midwiferytoday.com/articles/3rdstagefr.asp
Fwd: [lettre-perinatalite] Colloque Feminisme et Naissance
----- Forwarded message from sophie.gamelin@... -----
Date: Fri, 20 Jul 2007 11:52:34 +0200
From: Sophie Gamelin <sophie.gamelin@...>
Reply-To: lettre-perinatalite-owner@...
Subject: [lettre-perinatalite] Colloque Feminisme et Naissance
To: lettre-perinatalite <lettre-perinatalite@...>
Attention : inscription à tarif réduit jusqu'au 31 juillet 2007.
----- Faire suivre -----
3e colloque national de la Société d'Histoire de la Naissance
« FEMINISME ET NAISSANCE »
Châteauroux -- 22-23 septembre 2007
Ce troisième colloque se propose d'étudier à la fois, dans l'histoire et
dans le présent, la place des femmes et des revendications féministes
dans les évolutions de la mise au monde. Historiquement, les mouvements
de revendication des droits des femmes ont connu plusieurs phases. À la
fin du XIXe siècle, les militantes ont demandé pour les femmes des droits
déjà obtenus par les hommes (droit de vote, droit à l'éducation) et des
droits spécifiques (congés de maternité, primes d'allaitement). À partir
des années 1950 et 1960, sous l'inspiration du livre culte de Simone de
Beauvoir, « Le Deuxième sexe », se développe un mouvement féministe «
égalitariste » puissant, revendiquant dans ses luttes la liberté de la
contraception et de l'avortement, c'est-à-dire le droit de ne pas
enfanter ; la maternité est alors considérée comme une contrainte, voire
un esclavage.
C'est seulement dans un deuxième temps, avec la montée à partir des
années 1970, du courant « différentialiste » du féminisme, que
l'expérience de la grossesse et de l'enfantement est réévaluée
positivement, comme une source de jouissance et de puissance pour les
femmes.
La naissance n'a jamais été au coeur des mouvements et des études
féministes. Ce colloque propose de s'interroger sur les raisons de cet
évitement et d'étudier, depuis le XIXe siècle, cet impensé de l'histoire
du féminisme.
Où en est-on aujourd'hui ?
Le mouvement féministe est devenu moins virulent, car ses revendications
traversent l'ensemble de la société, même si l'égalité n'est pas encore
là. Sur le front de la naissance, il semble bien que la plupart des
femmes n'aient pas encore pris conscience que, sous prétexte de sécurité
et de lutte contre la douleur, le pouvoir médical leur a confisqué une
partie du pouvoir qu'elles avaient sur leurs grossesses et leurs
accouchements.
À l'imitation de celles qui ont voulu autrefois se battre pour le droit à
la contraception et à l'avortement, les femmes d'aujourd'hui, avec l'aide
des sages-femmes, ne devraient-elles pas se mobiliser pour obtenir de
mettre au monde comme elle l'entendent ?
Voir le programme détaillé :
http://wiki.naissance.asso.fr/index.php?pagename=FeminismeEtNaissance
Renseignements et inscriptions :
Association « Quelle Naissance », 185 Bld de Cluis, 36000 Châteauroux
Tél. 06 08 77 01 69
Adressez 2 chèques de 75 euros libellés « quelle Naissance ». Le premier
sera saisi fin juillet, le deuxième fin septembre.
Tarif jusqu'au 1er août : 150 euros, puis 180 euros passée cette date. Ce
tarif comprend les travaux et débats, les trois repas, la soirée ballet
théâtre et le repas dansant de ce colloque très convivial.
13 juillet 2007
Par où passe l'autonomie?
Si la grossesse et l'accouchement non-assisté sont un cheminement, par où passe ce chemin? Si être parent ça s'apprend, mais que la transmission d'expérience d'une génération à la suivante ne se fait plus? Quelle part ne peut émerger que de nous, et quelle part ne s'aquierre que par imitation? L'accouchement? l'allaitement? le portage? les soins? Où sont les manques, et comment y suppléer? Comment éviter de créer de faux besoins?
Quelqu'un pour venir prendre le thé avec moi?
09 juillet 2007
Je l'ai dit à ma mère
Je n'ai pas eu le choix: elle m'a posé la question, et je ne sais pas mentir. J'ai bien essayé de changer de sujet, d'éluder la question comme je l'avais déjà fait, rien à faire.
-est-ce que c'est lui [mon mari] qui va t'accoucher?
-est-ce qu'il a l'air d'un accoucheur? lol
-non, mais est-ce que tu as une sage-femme?
-pourquoi veux-tu savoir ça?
-pour me rassurer.
-es-tu sûre que ça va te rassurer?
-oui, je veux savoir, as-tu une sage-femme?
-non
-pourquoi?
-parce que je n'ai pas été pleinement satisfaite de mon expérience avec des sages-femmes, qu'elles ont posé des gestes potentiellement dangereux... et que je me sens bien avec mon choix.
-et les filles?
-elles seront avec nous.
-la dernière n'est pas trop jeune?
-au pire le papa partira avec elle?
-et tu accoucheras toute seule?
-ben oui, j'ai besoin de personne pour accoucher.
-...
Suite à quoi j'ai (enfin!) pu changer de sujet :-)
Pour le moment je suis assez contente d'avoir "craché le morceau", même si je garde un fond d'anxiété: que fera-t-elle de ces données, ma mère si inquiète de nature?
07 juillet 2007
La Révolution colostrale
La vie fait drôlement les choses parfois...
Après avoir écrit mon envie de photos-souvenirs, je suis retournée à la lecture de Votre bébé est le plus beau des mammifères de Michel Odent. Où il parle de l'ère post-photographique, de besoin d'intimité de la femme qui accouche. De la dualité du cerveau humain, qui se réconcilie à travers le chant, l'art, l'eau, la spiritualité, la santé.
Il y parle aussi de situations pathogènes typiques, créatrices de maladie, lorsque face à une menace, ni la fuite ni la lutte ne sont possibles, ce qu'il nomme état de soumission. Un peu comme le décrit Olivier Maurel, comment bousiller un système immunitaire en faisant violence à l'enfant.
Michel Odent invite à une genèse d'un homme écologique, qui aurait une attitude posituve envers la vie. Il évoque la révolution colostrale. C'était la pièce qui manquait à mon puzzle. Comment sans cela soutenir que le maternage, ou attachement parenting, contribuerait à bâtir un monde de paix? Comment comprendre que ce que certains appellent un retour à la nature n'en est pas vraiment un? Que la nature a souvent été cruelle?
Voici l'hypothèse de Michel Odent: si le colostrum a, de tout temps et presqu'en tout lieu, été considéré comme mauvais, c'est peut-être pour cultiver le potentiel d'agressivité de l'humain. En perturbant la relation mère-bébé, en perpétuant des pratiques cruelles envers le nouveau-né, on espère le rendre plus "fort", et l'amener ainsi à dominer les autres espèces...
Quand je lis "dans une société où la prolactine est rare, la satisfaction des besoins des bébés n'est pas prioritaire", je comprends mieux. Et j'y crois encore un peu plus. La prolactine est l'hormone indispensable à la sécrétion de lait par le sein, qui pousse l'animal à construire son nid, déclanche les comportements de défense agressive caractéristiques des femelles qui allaitent, réduit la libido, tend à engendrer des états de subordination ( permet une disponibilité maximale vis-à-vis des demandes du bébé ) et un certain degré d'anxiété ( capacité de vigilance accrue et tendance à ne pas atteindre les phases de sommeil profond )
Ma révolution, encore plus porteuse de sens, a maintenant un nom; merci monsieur Odent!
Et une citation, pour finir en beauté:
"Il est de bon ton de mettre l'accent sur le besoin d'aide, sur le besoin d'accompagnement, et de sous-entendre que par elle-même une femme ne peut pas accoucher."
05 juillet 2007
La grossesse est un long fleuve tranquille...
Et ce n'est pas plus mal, si ce n'est pour alimenter un blog!
Ma grossesse est tout sauf polémique. C'est plutôt comme un accouchement à domicile dont on n'a rien à dire, tellement il s'inscrit naturellement dans le quotidien.
Quoi dire sur "ne rien faire"? ah! oui, mon cheminement! En ce moment je m'enfonce lentement mais sûrement dans ma bulle, la fatigue m'a rattrappée et m'impose un rythme plus lent, en même temps que mon souffle peine à trouver son chemin dans mon corps habité.
Pour le moment je rêve d'être accompagnée d'un/e photographe pour fixer les petits bonheur de cette grossesse sans histoire, et immortaliser sur pellicule l'accouchement... Malheureusement mon mari est farouchement opposé à cette idée, et il n'est même pas doué pour la photographie!
Impossible d'écrire avec ma mini-crampon, j'arrête ici!
16 mai 2007
Une fois n'est pas coutume, un article en anglais!
DIY delivery
From Tuesday's Globe and Mail
May 15, 2007 at 8:41 AM EDT
BURNABY, B.C. — When Nicole Becker felt the pangs of late labour in January, she lit candles in the bathroom of her two-bedroom flat in Burnaby, B.C., and filled the tub. Only her husband and the couple's four-year-old son looked on as baby George slid into the water. "It was my dream birth," Ms. Becker says.
Ms. Becker planned throughout her pregnancy to give birth without a midwife, doctor or other birth attendant. After using a doula for her first child's home birth, Ms. Becker decided that the job of a good midwife is to "let the process happen," she says. So with George she decided to go solo.
Choosing to deliver without skilled help remains a controversial and uncommon choice. But now, spurred by the Internet, unassisted childbirth is reaching a broader range of women than ever before.
On sites such as Birthjunkie.com, Mothering.com and Trustbirth.com, women trade tips on such topics as how to measure the uterus to calculate the due date and how to figure out if the baby is breech. One of the most popular sites, Unassistedchildbirth.com, now has 30,000 to 40,000 visitors each month.
Jodie Boychuk gave birth unassisted at home to her second child, Eloise, in 2005, after a difficult recovery from the cesarean birth of her first child. (Charla Jones/The Globe and Mail)
Many women join one of nearly 100 Yahoo groups that list unassisted childbirth in their subject lines, including UCbirthnews, an online newsletter with over 1,110 members. They also browse online for books, videos and do-it-yourself resources such as Unhindered Childbirth - The Online Childbirth Class (at Unhinderedliving.com) as well as inflatable birthing pools.
"People who wouldn't have considered this years ago are considering it now," says Laura Shanley of Boulder, Colo., who wrote the influential book Unassisted Childbirth in 1994 and runs the website Unassistedchildbirth.com.
Until recently, "I was hearing more from hippie types, people more on the fringe," says Ms. Shanley, who gave birth to five children without medical attention - including one breech presentation. "I do think it's getting more into the mainstream."
But most doctors and registered midwives strongly oppose the practice. Skilled attendants play a crucial role in identifying problems such as hemorrhages and fetal distress before they become emergencies, they say.
In a few cases, child welfare authorities in Canada and the United States have investigated parents who planned unassisted births.
Although there are no large or recent studies on the outcomes of planned unassisted childbirth, the evidence stacked against the practice is "overwhelming," according to Vyta Senikas, associate executive vice-president for the Society of Obstetricians and Gynecologists of Canada.
Dr. Senikas questions the rationale for choosing unassisted childbirth. "By all means, choose the home," she says, "but have a skilled attendant there."
Childbirth is a natural process, she adds, "but you can die and you can end up having problems."
Advocates of unassisted birth say that any medical interference, no matter how well-meaning, can disrupt the instinctive and hormonal processes of labour, triggering a stress response that halts the birth's progress. They believe that widespread use of interventions that slow labour can contribute to higher rates of C-section.
Adherents base their beliefs on the writings of authors such as French obstetrician Michel Odent, who wrote Birth Reborn in 1984. Although he does not specifically advocate unassisted childbirth, Dr. Odent says that in his practice, women who weren't observed in their labour had faster and easier births.
There is no way of knowing for sure how many Canadians are choosing to give birth unattended, since neither the federal nor provincial governments collect statistics on planned unassisted childbirth. But the rate is probably much lower than home births attended by registered midwives, which accounted for just 1.5 per cent of all deliveries in British Columbia and Ontario in 2005 and 2006.
Jodie Boychuk of Dunnville, Ont., says she chose an unassisted birth for her second child because of the difficult recovery following the cesarean delivery of her first daughter. In September, 2005, her second daughter was born at home into the hands of her husband, Richard. The labour was smooth and the 8½-pound baby was healthy, Ms. Boychuk says.
But the practice remains controversial enough to impel some midwives and authorities to intervene. When Ms. Boychuk declined the services of a registered midwife during her second pregnancy, the midwife - who questioned the safety of even an attended home birth after a cesarean - promptly called the Children's Aid Society.
A two-week investigation ensued, but it was dropped because unassisted childbirth is not illegal.
Even the staunchest advocates of the practice acknowledge that it's not for everyone.
Sarah Buckley, an Australian physician trained in obstetrics and author of the book Gentle Birth, Gentle Mothering, says a woman must be healthy and educated about birth to deliver unassisted.
As well, she says, the woman should be relaxed enough to avoid triggering the fight-or-flight response that can delay the birth, and should have a backup plan such as transferring to a hospital.
Registered midwives agree that too much medical intervention can impede labour - but they "cannot support the concept of unassisted, unattended births" due to the risks, says Elana Johnson, president of the board of directors of the Association of Ontario Midwives.
For Ms. Becker of Burnaby, the birth of her baby in January is still fresh in her mind. It was a joyful occasion to share with her husband and her son Max, she explains, and most of all, "it was just us."
13 mai 2007
Bonne Fête des mères!
Pour célébrer cet évènement, je vous offre un sabot de la vierge, l'orchidée québécoise, fleur sauvage, qui me rappelle mes balades dans les sous-bois au printemps...
Passez une belle journée pleine d'amour et de vie!
10 mai 2007
Le feu de Shiva, de Susan Fischer Staples
Bonjour!
Sarah m'a envoyé pour partager avec vous cet extrait d’un livre pour adolescents, Le feu de Shiva, de Susan Fischer Staples, paru chez Gallimard dans la collection Scripto. Il s’agit de l’histoire d’une jeune fille indienne et de sa passion pour la danse classique traditionnelle de l’Inde, le Bharata Natyam. Le livre commence entre autres par la naissance de l’héroïne.
« -Vous assisterez aux festivités avec votre oncle Sathya, dit Sundar. Je ne serai pas de retour avant votre coucher, et quand vous vous réveillerez, vous aurez une petite soeur.
-Tu vas la ramener à la maison ? demanda Venkat.
Sundar rit à gorge déployée.
-Non, mon fils. Ta mère restera là et la mettra au monde.
(...)
(Minashki) entreprit une longue marche à travers champs dans l’espoir d’accélérer la venue du bébé ; elle aurait tant aimé qu’ils puissent tous deux assister à la cérémonie rituelle de pesée du Maharajah. N’était-ce pas merveilleux que son enfant naisse un jour aussi propice ?
Minashki marchait dans la chaleur accablante, sous un ciel menaçant. Elle chantait en se tenant les reins et marchait, marchait. (...) Parvati ne se décidait toujours pas à venir et Minashki pleurait de désespoir tout en continuant à marcher.
(...)
Minashki s’adossa au tronc du palmier pour soulager son dos de plus en plus douloureux, et c’est alors que l’oiseau lui parla.
-Une petite graine pour un vieux mendiant ? demanda-t-il d’un air dubitatif, du haut de son perchoir.
Au même moment, Minashki ressentit la douleur de sa première contraction, signe que la venue du bébé était imminente
-Va-t’en ! lui répondit-elle en se couvrant le visage avec le pan de son sari pour se protéger du soleil.
Les nuages commençaient à dériver dans le ciel en une ronde effrénée. Minashki s’immobilisa un instant et se frotta de nouveau le dos.
-Et puis, de toute façon, ce n’est pas l’époque des semailles. Je n’ai pas de graines.
Elle replaça le pan de son sari sur son épaule et reprit sa marche. Il lui fallait absolument trouver un endroit tranquille où mettre Parvati au monde. Le corbeau voleta jusqu’à terre et sautilla jusqu’à la jeune femme d’une démarche titubante et maladroite, à travers les larges sillons creusés dans la terre rouge.
(...)
-Va-t’en ! gémit-elle
-Affamé ! insista le corbeau. Tu ne peux ignorer un pauvre...
-J’ai d’autres soucis...
Minashki ne put finir sa phrase à cause de la douleur. Le corbeau croassa avec insolence et se perché sur son épaule.
-Qu’y a-t-il de plus important qu’un frère affamé ? continua l’oiseau de sa voix rauque en lui picorant les mains. Puis il s’envola ce nouveau et se posa sur sa tête.
Minashki essaya de se relever, mais la douleur la tenaillait. Affolée, elle s’allongea. Les naissances de ses deux fils n’avaient pas été si soudaines, ni aussi intenses. Le corbeau continuait de lui donner de petits coups de bec. Elle l’ignora et rampa jusqu’à un jacaranda en fleur, à la lisière du champ ; là, elle s’adossa contre le tronc lisse et gris. Le corbeau battit des ailes et se percha sur une branche juste au-dessus de sa tête, tout en continuant de croasser bruyamment.
Une pluie torrentielle et un violent grondement de tonnerre annoncèrent que l’or du maharajah avait été bien pesé. C’est le moment que choisit l’enfant de Minashki pour venir au monde.
Minashki raconta souvent à Parvati l’histoire de sa naissance. Quand elle arrivait à ce point de l’histoire, elle s’exclamait immanquablement :
-Ah ! Parvati, je ne sais pas si le corbeau fut la cause de tous nos soucis. En tout cas, tu étais née, parfaite, belle et en bonne santé !
(...)
Minashki s’assit et essuya l’enfant avec un coin de son sari. La pluie avait commencé à tomber, de grosses gouttes qui soulevaient de petits nuages de poussière rouge en éclatant sur le sol desséché. Minashki eut le souffle coupé par son premier face-à-face avec sa fille. L’enfant la regardait droit dans les yeux, avec un regard d’une intensité qu’elle n’avait encore jamais rencontrée. (...)
Minashki se reposa un peu. (...) Elle enveloppa Parvati dans son sari (...) Minashki coupa une autre feuille de bananier avec son couteau et reprit le chemin du village, son enfant serré dans ses bras, à l’abri de son parapluie de fortune. »
06 mai 2007
Accoucher : une expérience orgasmique
| http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=73345 |
| Douloureux, l’accouchement ? Katrina Caslake, elle, a trouvé cela divin, voire orgasmique. “C’était une expérience très sensuelle”, commente cette sage-femme de Wallington, qui a mis au monde (sans péridurale) ses deux fils, aujourd’hui âgés de 17 et 18 ans. “Toutes mes zones érogènes étaient stimulées. Je poussais des cris très proches de ceux de l’orgasme. De fait, c’était un véritable orgasme. Je vivais la chose la plus féminine qui soit donnée de vivre à une femme et c’était fantastique.” Même souvenir pour Frederika Deera. “Cela m’a remplie d’une euphorie indescriptible”, se rappelle cette attachée de presse qui a donné le jour à sa fille Delphine il y a deux ans à l’hôpital de Portsmouth. “C’était le nirvana : on a dû me faire une suture très importante, mais ça ne m’a même pas gênée.” C’est cette expérience “jouissive” qui a poussé Katrina Caslake à devenir sage-femme. “Je savais que je n’étais pas un cas isolé”, explique la praticienne, qui travaille aujourd’hui pour Yours Maternally, un service d’obstétrique indépendant. “En encourageant d’autres femmes à faire confiance à leur corps et à se détendre, je me suis dit que je pourrais les aider à vivre des accouchements moins douloureux, plus agréables.” Même approche au Birth Centre, dans le sud de Londres, où Nathalie Mottershead, sage-femme, encourage activement l’accouchement sensuel. “Si les couples sont d’accord, on pratique des massages des mamelons et du clitoris pour faire apparaître les contractions, favoriser l’ouverture du col et du vagin et contribuer à soulager la douleur.” Objectif : faire de l’accouchement un moment de plaisir, voire d’extase. “Nous travaillons en étroite collaboration avec les femmes pour qu’elles puissent accoucher à domicile. Si les futures mamans acceptent de se sentir sexy, le travail peut être agréable, indolore, et le plaisir peut aller crescendo jusqu’à la naissance proprement dite.” “Si la femme se sent suffisamment à l’aise pour accepter une stimulation des mamelons et du clitoris pendant l’accouchement, cela aide à lutter contre la douleur et ça facilite le travail”, confirme Andrya Prescott, porte-parole de l’Association des sages-femmes indépendantes. Un petit tour sur le site Internet de l’Organisation américaine pour les naissances non assistées confirme à quel point l’accouchement peut être érotique. Le site décrit en détail des fantasmes de femmes où romantisme et rapports sexuels se traduisent par des “vagues de plaisir” et des “orgasmes cosmiques” au moment de la naissance. Manifestement, les femmes qui grimpent aux rideaux lors de l’enfantement sont plus nombreuses qu’on ne le croit. Sur les 151 femmes interrogées par la sage-femme américaine Ina May Gaskin, 82 disent avoir vécu au moins un accouchement orgasmique. Certes il s’agissait de naissances à domicile et de femmes ouvertes à ce type d’expérience. Mais les avantages sont loin d’être négligeables : un seul et unique orgasme serait 22 fois plus puissant qu’un calmant moyen, et l’excitation sexuelle entraîne une ouverture très sensible du vagin. “Les femmes y réfléchiraient peut-être à deux fois avant d’accepter une péridurale si elles savaient tout ça, mais personne n’en parle”, déplore Ina May Gaskin, pionnière de l’accouchement naturel, qui fut la première à découvrir la possibilité de l’orgasme pendant la naissance. Mais il y a un hic : comme toute activité sexuelle, l’intensité du plaisir dépend largement de l’état de relaxation, de confiance et de sécurité que ressent la femme. Or la majorité des parturientes redoutent l’“épreuve” de l’accouchement. Ces craintes se traduisent, avant même le début du travail, par des contractions musculaires et une hausse du taux d’adrénaline. “Le problème, c’est que cette hormone inhibe le désir sexuel et freine les contractions, souligne Andrya Prescott. On est plus tendu et plus sujet à la douleur. C’est pour ça que le travail et la naissance à l’hôpital peuvent être mal vécus. Entourées d’étrangers, les femmes ont un taux d’adrénaline élevé. Dans ce cas, même si elles sont a priori partantes pour une stimulation sexuelle, elles peuvent aussi bien faire une croix dessus.” Aujourd’hui encore, le sujet est tabou. “Beaucoup de femmes ont peur d’être considérées comme perverses ou anormales si elles admettent avoir des sensations sexuelles pendant l’accouchement”, souligne Carolyn Cowan, professeur de yoga. “Je donne des cours de danse érotique pour femmes enceintes, pour essayer de les débarrasser de ces inhibitions. J’ai deux ou trois trucs à leur apprendre – il a fallu que j’accouche de mon fils pour trouver mon point G.” L’excitation sexuelle provoque la sécrétion d’ocytocine, une hormone qui favorise l’affection et l’attachement, à l’origine des contractions utérines dans l’accouchement et dans l’orgasme. Il s’agit par ailleurs d’une endorphine : elle génère du plaisir tout en étant un puissant analgésique. Dans l’accouchement sensuel, le nourrisson n’est pas en reste. Inondé d’hormones du bien-être, il aura plus de chances de venir au monde heureux et détendu. |
| Anastasia Stephens The Independent |
